Le Grand Carême

Pâques – à la fois la Passion du Seigneur et sa Résurrection- constitue le point culminant de l’année liturgique orthodoxe. Mais l’Eglise nous prépare longuement à cette douloureuse et lumineuse période.

Le temps de la Passion et de la Résurrection est précédé par le temps du Carême. Ce Carême, appelé aussi le Grand Carême (pour le distinguer du Carême de la Très Sainte Vierge Marie, qui précède la fête de la Dormition, en août, et du Carême des Apôtres, qui précède la fête de saint Pierre et saint Paul, en juin, ainsi que celui de Noël), est un temps de prières spéciales et de jeûne.

Si nous mettons à part la Semaine Sainte ou Semaine de la Passion, qui précède immédiatement le dimanche de Pâques, et si nous joignons au Carême proprement dit, c’est-à-dire aux semaines de jeûne strict, les semaines qui précèdent celles-ci et y préparent, nous avons un ensemble de dix semaines, commençant par le dimanche appelé dimanche du Pharisien et du Publicain e prenant fin avec le samedi dit samedi de Lazare, veille du dimanche des Rameaux.

La signification du Grand Carême est assez complexe. Ce Grand Carême a été le résultat d’un long développement historique où se sont mêlés des éléments très divers. Jetons un regard sur chacun d’eux.

Le Grand Carême est un temps de pénitence. Dans les premiers siècles de l’Eglise, les « pénitents » ou pécheurs publics repentants étaient, pendant cette période, solennellement reconciliés avec la communauté des croyants. La pénitence publique est plus ou moins – nous pourrons même dire généralement – devenue hors d’usage dans l’Eglise orthodoxe. Mais l’idée de pénitence demeure. Ne sommes-nous pas tous, à des degrés divers, des pécheurs et des pénitents ? Et la période qui nous conduit vers Pâques n’est-elle pas une saison excellemment propice au repentir et à l’expiation ?

Le Grand Carême sera donc pour nous une occasion d’examiner notre conscience et de nous réconcilier avec le Seigneur.

 Le Grand Carême est un temps de formation spirituelle et d’illumination.

 Dans l’ancienne Eglise, les « catéchumènes », c’est-à-dire ceux qui se préparaient au baptême, étaient, pendant le Grand Carême, l’objet d’une sollicitude spéciale. On les instruisait avec un zèle redoublé. Ils étaient baptisés pendant la nuit de Pâques. Le catéchuménat, ou situation des adultes qui se préparent au baptême, est devenu un état plutôt exceptionnel dans l’Eglise orthodoxe présente. Néanmoins, au cours de chaque liturgie, nous sommes invités à prier pour les catéchumènes.

La liturgie des Présanctifiés, dont nous parlerons plus loin, prie pour eux avec une insistance particulière. Cette prière n’est pas dénuée de sens. Car il y a encore, dans les pays de mission, des catéchumènes qui se préparent au baptême. En Afrique, aux Indes, au Japon, dans les pays de l’Europe de l’Est et encore ailleurs, l’Eglise orthodoxe a des catéchumènes. Nous prierons pour eux pendant le Grand Carême. Nous prierons aussi pour les catéchumènes des Eglises missionnaires chrétiennes non orthodoxes.

Et nous prierons pour les millions d’hommes (et de femmes) qui appartiennent aux religions non-chrétiennes, au Judaïsme, à l’Islam, à l’Hindouisme, au Bouddhisme, à tant d’autres groupes encore. Ils sont, d’une certaine manière, des catéchumènes. Tout ce qu’il y a de vrai dans leur croyance et de bon dans leur action leur est enseigné par le Maître intérieur dont ils méconnaissent ou dont ils ne connaissent pas le nom, par le verbe divin, la « vrai lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jean 1 :9).

Et nous-mêmes enfin, nous ne cessons jamais d’être des catéchumènes. Jamais la Parole de Dieu faite chair ne cesse de nous instruire. Jamais le Saint-Esprit ne cesse de nous instruire. Jamais le Saint-Esprit ne cesse de frapper à la porte de nos cœurs. Le Grand Carême est un temps particulièrement apte à entendre, à écouter la voix de Dieu.

Le Grand Carême – ainsi que le déclare la liturgie des Présanctifiés – commémore les quarante ans de pérégrination d’Israël dans le désert, ces quarante années pendant lesquelles le peuple élu, étant sorti de la captivité d’Egypte et ayant traversé la Mer Rouge, marcha avec foi vers la lointaine Terre Promise, reçut de Dieu la nourriture terrestre sous la forme de la manne et la nourriture spirituelle sous la forme des Dix Commandements, se révolta parfois et tomba dans le péché, et cependant atteignit le but.

Le Grand Carême parle, à nous aussi, de libération, de pèlerinage, de marche dans un désert aride, de manne divine, d’entretien avec Dieu sur le Sinaï et ailleurs, de chute et de réconciliation.

Le Grand Carême rappelle les quarante jours que le Seigneur Jésus passa dans le désert et pendant lesquels il lutta contre Satan tentateur. Notre Grand Carême doit être, lui-aussi, une période de lutte contre la tentation, en particulier contre notre péché le plus habituel. « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu le serviras lui seul » (Deutéronome 6 :73). Qu’il nous soit donné, pendant le Grand Carême, d’apprendre et de comprendre cette parole que le Seigneur opposa à Satan et qui résume toute la lutte spirituelle !

On le voit, le Grand Carême est une très riche, très profonde agglomération d’éléments divers. Leur rôle est de nous purifier et de nous éclairer. Au cours du Grand Carême, l’Eglise va nous conduire en quelque sorte par la main jusqu’aux radieuses fêtes pascales. Plus notre Grand Carême aura été une préparation sérieuse, plus nous entrerons dans le mystère de Pâques et en obtiendrons les fruits.

 

D’après : L’An de Grâce du Seigneur tome 2, Editions An-Nour Page 9-11 par un Moine de L’Eglise D’Orient