Dimanche de Thomas

Commémoraison de certains épisodes relatifs à la Résurrection du Christ

Les deux dimanches qui suivent Pâques sont consacrés à la commémoraison de certains épisodes relatifs à la Résurrection du Christ. L’Église, en ce « dimanche de Thomas », veut proposer à notre attention, l’attitude de l’apôtre saint Thomas, attitude provisoirement incroyante, puis profondément croyante.

 

Epître : Actes des Apôtres (5 : 12-20)

Ce texte des Actes des Apôtres est assez bref, mais ses quelques versets évoquent d’une manière saisissante l’atmosphère miraculeuse et fervente de l’Église de Jérusalem dans les premiers jours de son existence. « Par les mains des apôtres, il se faisait de nombreux signes et prodiges parmi le peuple… ». [Le peuple] apporte des malades pour que l’ombre de Pierre passant près d’eux les guérisse. Le grand-prêtre fait arrêter les apôtres; mais un ange du Seigneur, pendant la nuit, leur ouvre les portes de la prison.

Ces événements sont chronologiquement postérieurs à la Pentecôte. Toutefois l’Église, en commençant à lire le livre des Actes à Pâques, nous indique l’unité profonde qui existe entre le triomphe du Fils et le règne de l’Esprit. Les miracles accomplis par les apôtres après la Pentecôte sont, si l’on ose employer cette comparaison, la petite monnaie du miracle central, le Résurrection du Christ, opérée elle aussi par la puissance de l’Esprit-Saint.  

 

Evangile : Jean (20 : 19-31)

Notre Seigneur, le soir du jour de la Résurrection, apparait à ses disciples réunis. Les portes étaient fermées, et cependant Jésus se trouve soudain au milieu d’eux : ainsi pénètre-t-il dans les âmes qui semblent lui être le plus closes.

Deux fois il dit aux disciples : « La paix soit avec vous ». Il y a une nuance entre ces deux souhaits. La première fois, Jésus rend la paix à l’âme troublée des disciples eux-mêmes. La deuxième fois, il leur donne la paix pour qu’ils la transmettent aux autres, car il ajoute immédiatement : « Je vous envoie… ». Puis Il souffle sur eux : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, il leur seront remis… ».

Ils ont donc déjà reçu le Saint-Esprit, et pourtant ce n’est pas encore la Pentecôte : l’Esprit est en eux comme latent, mais la Pentecôte sera sa venue manifeste, avec puissance. De même l’Esprit peut reposer dans notre âme sans montrer son opération et sa force : il faudra encore à l’âme la grâce de la Pentecôte.

Thomas était absent. Le récit de l’apparition du Seigneur, que lui font plus tard les autres disciples, le laisse incrédule : « Si je ne vois à ses mains la marque des clous, si je ne mets le doigt dans la marque des clous et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ».

Une semaine s’écoule, et Jésus apparaît de nouveau aux disciples. Il invite Thomas à mettre son doigt sur la marque des clous et à plonger la main dans son côté. Il l’exhorte à n’être plus incrédule, mais à croire. Thomas répond par cet acte de foi et d’adoration : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Jésus reprend : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu ».

Le Christ, à vrai dire, ne blâme pas Thomas. D’ailleurs, les autres disciples ne seraient pas moins à blâmer, car ils n’ont cru à la Résurrection qu’après avoir vu le Ressuscité. Jésus admet que l’acte de foi soit précédé par l’adhésion de l’esprit humain à certains motifs de crédibilité. Il est bon que nous sachions convaincre les autres hommes que notre foi, si elle dépasse la raison, n’est pas irraisonnable. Telle est la tâche de la théologie. Elle « pense » la révélation. Mais Jésus proclame la béatitude spéciale de ceux qui croient sans débat, dès qu’ils entendent la parole intérieure du Maître, parce qu’ils ont reconnu dans cette parole un accent unique et aimé.

L’évangile d’aujourd’hui nous met aussi en garde contre toute présentation du message chrétien qui éliminerait la croix et le crucifiement. Le danger d’une telle falsification provient de deux côtés différents.

Il y a ceux qui adoucissent et humanisent le Christ jusqu’à en faire un suave et aimable maître de morale : le mystère de la croix leur paraît trop dur, inacceptable à l’ « esprit moderne ». Il y a aussi les gnostiques et pseudo-mystiques qui sont si remplis des idées d’Incarnation, de transfiguration, de déification qu’ils n’ont, dans leur conception du salut, plus de place pour la croix.

Les uns et les autres – humanistes, théosophes, anthroposophes,…- ont une commune aversion pour ce que la croix représente dans la vie pratique, c’est-à-dire pour la pénitence, l’ascétisme, le sacrifice.

Nous rejetterons ces faux Christs qui nous sont présentés. Nous exigerons de voir et de toucher les blessures de Notre-seigneur. Nous savons qu’un Christ qui ne porte pas l’empreinte des clous n’est pas authentique. C’est au Crucifié seul que nous réserverons notre adoration.

L’épisode de Thomas nous suggère encore une autre pensée. Pouvons-nous, aujourd’hui, toucher de nos mains la chair meurtrie du Sauveur ? Nous, à qui les extases et les visions ne sont pas accordées, pouvons-nous nous assurer que nous n’adorons pas un fantôme, mais un vivant ?

Oui, et cette possibilité est donnée à tout homme. Jésus vit d’une façon invisible et réelle dans les créatures de chair qui nous entourent. Les plaies du crucifiement, nous pouvons les constater, les adorer aujourd’hui dans les malades, les pauvres, dans tous les hommes et les femmes qui souffrent, tous ceux en qui se prolonge l’agonie de Jésus, – membres du Corps mystique qui participent à la Passion de leur Tête divine.

Jésus nous dit : « Si tu doutes que j’ai été crucifié pour toi et que je sois ressuscité, penche-toi vers mes membres souffrants. Touche-moi en étendant vers eux une main secourable. En te donnant à eux, tu me trouveras. Fais pour eux quelque chose qui te coûte. Immole-toi pour eux selon qu’il te sera possible. Et voici que tu me découvriras en eux. Je te répondrai par une grâce spéciale. Tu me sentiras vivant et présent. Tu éprouveras la réalité, la force de ma Résurrection ».

Il ne nous est pas donné de voir d’une manière constante la Sainte Face, mais, comme une vision évanescente, le visage du Christ m’apparaîtra derrière le visage de mon frère et, à travers la compassion, je rejoindrai la Passion. Je toucherai mon frère souffrant, et je dirai : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».   

D’après : L’An de Grâce du Seigneur tome 2, Éditions An-Nour Page 84-87 par un Moine de L’Église D’Orient