Dimanche des Myrrhophores

Commémoraison de certains épisodes relatifs à la Résurrection du Christ

Le deuxième dimanche après Pâques est appelé « dimanche des myrrhophores ». Ce nom grec signifie « porteuses d’aromates ». Il s’agit des femmes qui vinrent pour oindre le corps de Jésus enseveli et auxquelles la Résurrection fut annoncée en premier lieu. L’épisode est relaté dans l’évangile de la liturgie, et l’Eglise en fait, ce dimanche, l’objet spécial de notre méditation.

 

Actes des Apôtres (6 : 1-7)

Nous lisons aujourd’hui le récit de l’institution des sept premiers diacres. Ils sont choisis pour assurer le « service quotidien », la distribution des secours matériels et pour permettre aux apôtres de se donner « à la prière et au service de la parole ». Cet épisode contient un double enseignement.

D’une part, il est nécessaire que le « service des tables » soit régulièrement organisé dans la communauté chrétienne. Une Eglise qui ignorerait les besoins matériels des hommes et qui ne s’efforcerait pas d’être secourable ne peut pas être l’authentique Eglise de Jésus-Christ.

D’autre part l’Evangile ne se réduit pas à la philanthropie; l’apostolat ne doit pas devenir une simple assistance sociale : « Il ne sied pas que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables ». Dans notre condition humaine, nous ne pouvons pas échapper à cette division de travail : tel sera appelé à la contemplation, tel autre à l’apostolat, tel autre aux œuvres de miséricorde.

Un Seul est à la fois capable de multiplier les pains et de prêcher sur la montagne, de laver les pieds des convives et de leur adresser le discours après la cène, et Celui-là Seul, infiniment au-dessus de tous les apôtres et de tous les diacres, est la perfection et la plénitude de l’Eglise.

Aux heures où nous ne savons comment concilier les exigences des « œuvres extérieures », et celles de la parole Divine – soit écoutée, soit annoncée – Lui Seul, si nous le consultons, nous indiquera dans quelles justes proportions il nous faut joindre l’obéissance de Marthe et celle de Marie.  

 

Evangile : Marc (15 : 43-16 :8)

A l’aube du dimanche, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques , et Salomé se rendent au sépulcre. Nos journées seraient bénies si, chaque jour, « de grand matin » et plus particulièrement « le premier jour de la semaine », notre pensée se tournait vers Jésus triomphant de la mort . Le soleil « se levait » quand les femmes allèrent au sépulcre. Jésus est le vrai soleil qui doit illuminer notre journée dès son commencement. La journée entière devient autre quand elle débute avec Jésus.  

Les femmes ne savent comment elles parviendront jusqu’au corps de Jésus: « Qui nous roulera la pierre de l’entrée du tombeau ? ». L’évangile précise que cette pierre « était fort grande ». Beaucoup d’entre nous peuvent se poser la question que se posaient les femmes. Car, dans beaucoup d’âmes, Jésus semble être enseveli comme en un sépulcre. Il semble paralysé, immobilisé,-même mort. Il est recouvert par une pierre pesante: la pierre du péché, de l’ignorance, de l’indifférence, la pierre de l’habitude mauvaise accumulée depuis des années. Nous voudrions peut-être enlever cette pierre et atteindre le Seigneur vivant. Mais nous n’en avons pas la force. « Qui nous roulera la pierre ? ».

L’entreprise des femmes ne paraît pas-humainement parlant-pouvoir réussir. Et cependant elles se sont mises en route. Sans savoir comment elles rentreront dans le sépulcre, elles marches vers lui. De même, sans savoir comment sera ôté l’obstacle qui peut-être nous empêche d’avoir accès au Sauveur, ayons confiance. Faisons un premier mouvement. Levons-nous. Mettons-nous en route. Marchons vers Jésus que la lourde pierre sépare de nous. Que la foi et l’espérance nous guident.

Les femmes ne vont pas au sépulcre les mains vides. « Elles achetèrent des aromates pour aller oindre son corps ». Apportons nous aussi quelque chose au sépulcre. Même si nous sommes souillés par les plus grands péchés, apportons au sépulcre un commencement de bonne volonté, notre peu d’amour, un acte charitable envers d’autres, notre faible prière. Sans doute ce ne sont pas nos pauvres dons qui obtiendront que la pierre soit ôtée, car notre accès à Jésus ressuscité et à la puissance de sa Résurrection demeurent le présent magnifique et entièrement gratuit de la miséricorde divine. Mais le fait que nous ne nous acheminons pas vers le sépulcre avec des mains vides tout-à-fait vides montrera que notre cœur non plus n’est pas vide. Où sont les « aromates » avec lesquelles nous voulons « oindre »Jésus ?

Et voici que le miracle s’est produit. « Elles virent que la pierre avait été roulée ». Les femmes n’auraient pas pu enlever cet obstacle. Mais Dieu Lui-même y a pourvu. L’évangile que nous lisons ce dimanche ne précise pas comment la pierre de l’entrée du sépulcre fut roulée. Une autre évangile est plus explicite: « Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre… (Matthieu 28:2)». Ce verset est riche de sens. Quand l’ange du Seigneur vient ôter la pierre du sépulcre, il ne la roule pas doucement. Ce n’est pas une opération qui qui puisse s’accomplir sans effort, sans une commotion violente et profonde. Il y faut un tremblement de terre. De même, l’enlèvement de l’obstacle qui nous sépare de Jésus ne doit pas être conçu par nous comme un ajustement partiel. Il ne s’agit pas d’ôter ou de déplacer quelques pierrailles, de modifier quelques détails en laissant l’ensemble aussi inchangé que possible. Là encore, un tremblement de terre doit intervenir. C’est-à-dire que le changement doit être total, atteignant tous les aspects de notre être. La conversion est un « tremblement de terre » spirituel.

L’ange vêtu de blanc, assis dans le sépulcre, dit aux femmes: « Jésus que vous cherchez…est ressuscité, Il n’est pas ici. Voici le lieu où on l’avait placé ». Non seulement Jésus ressuscité n’est plus dans le tombeau, mais toute tentative de limiter, de localiser, de circonscrire sa Présence est vaine désormais. La piété humaine imagine parfois qu’elle peut lier la Présence du Sauveur à certaines conditions ou circonstances-de temps, de lieu, d’action-ou à certaines formules intangibles. Mais Jésus-Christ nous est maintenant accessible en tout temps, en toutes circonstances. Il dépasse  et fait éclater les cadres où certains chrétiens voudraient parfois l’enfermer,-« où on l’avait placé ». Ils nous diront: « Il est ici », ou « Il est là »; et Il y est, quoique peut-être autrement que ne le pensent les fidèles qui l’adorent « ici » et « là », mais Il est aussi ailleurs, et nous pouvons partout découvrir sa présence. « Ne cherchez point parmi les morts Celui qui est vivant », comme dit un autre récit de la Résurrection (Luc 24 :5).

L’ange dit encore aux femmes: « Allez dire à ses disciples et notamment à Pierre, qu’il vous précède en Galilée: là vous le verrez, comme Il vous l’a dit ».

Que signifie ce rendez-vous en Galilée, plusieurs fois mentionné dans les évangiles ? Jésus veut-il simplement soustraire ses disciples à la curiosité et à l’hostilité des Juifs ? Veut-il après des jours de troubles et d’angoisse, leur assurer un intervalle de tranquillité, dans une atmosphère bien différente de celle de Jérusalem ? Peut-être cela est-il. Peut-être aussi ne nous tromperions-nous pas en donnant des paroles de Jésus une explication plus profonde. C’est en Galilée qu’avait lieu la première, l’inoubliable rencontre de la plupart des apôtres avec leur Maître. C’est là qu’ils l’avaient tout d’abord entendu et suivi et qu’ils lui avaient donné le cœur.

Maintenant que leur foi a été soumise à une dure épreuve-où ils ont été trouvés déficients-il leur sera bon de se replonger dans l’ambiance galiléenne, d’y retrouver Jésus, d’y retrouver aussi la fraîcheur et la joie de la première rencontre et d’y renouveler leur acte de foi et d’obéissance.

Cela est vrai de nous aussi. Il y a a une Galilée dans la vie de la plupart d’entre nous. Une Galilée : c’est-à-dire un moment, déjà peut-être lointain, où nous avons rencontré Jésus personnellement et où, pour la première fois, nous l’avons écouté, nous avons essayé de le suivre. Beaucoup de péchés, d’oubli, de négligence nous ont peut-être, par la suite, séparés du Seigneur. A l’heure de la crise décisive, nous avons, comme les Apôtres, peut-être abandonné le Maître. A nous aussi Jésus ressuscité fixe un rendez-vous en Galilée. Il nous demande de faire revivre en nous le souvenir et la ferveur de la première rencontre. Si nous essayons de redevenir tels que nous étions alors, nous le retrouverons lui-même. Ne disons pas: « C’est trop difficile ». Car Il nous préparera la route: « Il vous précède en Galilée… ». Invisible et présent, Il marche devant nous vers cette Galilée de l’âme; si nous le suivons, chaque pas nous deviendra plus facile, et un moment viendra où, sinon par les yeux du corps, du moins par les yeux de la foi et de l’amour, nous atteindrons une certitude inébranlable de sa Présence: « Là vous le verrez… ».

D’après : L’An de Grâce du Seigneur tome 2, Éditions An-Nour Page 87-91 par un Moine de L’Église D’Orient