Dimanche du Paralytique

Troisième dimanche après Pâques

Avant-propos sur le Dimanche du Paralytique

Les deux premiers dimanches après Pâques nous ont fait contempler, sous divers aspects, le mystère de la Résurrection du Christ.

Le troisième dimanche semble – ainsi que les que les deux dimanches qui suivront – étranger au cycle de la Résurrection.

Ce dimanche est dédié à la commémoration d’un miracle qui appartient historiquement aux premiers temps du ministère de Jésus. Mais l’Eglise médite aujourd’hui sur lui parce qu’il est un des « très grands » miracles. Ce que nous voulons dire par « grands miracles » que, par la gravité du mal qui est guéri, par la longue durée de la maladie, par les circonstances qui entourent la guérison, le miracle opéré en faveur du paralytique témoigne, d’une manière particulièrement impressionnante, de l’autorité du Sauveur sur le corps humain. « O Christ, Dieu compatissant, Tu es venu guérir le malade », chante l’Eglise aux vêpres de ce dimanche, le samedi soir.

Ce pouvoir guérisseur de Jésus est intimement lié à la Résurrection: celle-ci proclame que Celui qui peut vaincre la mort dans sa propre chair a pouvoir sur toute chair humaine. Notre Seigneur peut guérir le paralytique, parce que lui-même peut ressusciter. Et c’est pourquoi la commémoraison de cette guérison peut, sinon chronologiquement, du moins spirituellement, trouver place dans le temps pascal.

L’épître et l’évangile d’aujourd’hui se rejoignent dans leur insistance sur la guérison des malades. Dans les chants des vêpres, du samedi soir, l’Eglise rappelait les trois cas, de la femme cananéenne, du serviteur du centurion de Capharnaüm et du paralytique de Bethesda. « Tu as eu pitié… Tu ne t’es pas récusé…C’est pourquoi nous t’implorons, ô Dieu tout puissant et crions : gloire à Toi ».

Nous entrerons dans l’esprit de l’Église en priant particulièrement Notre-Seigneur, en ce dimanche, de secourir les malades et les infirmes.    

 

Actes des Apôtres (9 :32-42)

C’est encore une section des Actes des Apôtres que nous lisons aujourd’hui au lieu d’épître. Deux miracles sont opérés par Pierre. Passant à Lydda, il guérit un homme nommé Eneas, paralysé depuis huit ans. Puis, à Joppé, il ressuscite une femme appelée Tabitha ou Dorcas, dont la vie avait été riche en bonnes œuvres.

L’un et l’autre appartenaient à la communauté chrétienne. Ce passage du livre des Actes s’harmonise profondément avec l’évangile de ce dimanche. La guérison d’Eneas forme un parallèle à celle du paralytique de l’évangile; non seulement l’infirmité est identique, mais Pierre prononce des paroles semblables à celles de jésus: « Lève-toi et fais ton lit ». La Résurrection de Tabitha rentre bien dans le cadre du temps pascal: toute résurrection humaine est un effet et une application particulière de la Résurrection du Christ

Evangile : Jean (5 : 1-15)

A Jérusalem, près de la piscine de Bethesda, Jésus voit une foule de malades et d’infirmes qui attendent que l’eau soit agitée par « un ange du Seigneur »: ce phénomène se produisait à certains intervalles , et le premier malade qui descendait alors dans la piscine était guéri. Parmi ces malades se trouve un homme souffrant de paralysie depuis trente-huit ans. Jésus lui demande s’il veut être guéri. Il répond qu’il n’a personne pour le faire descendre dans la piscine et qu’il est toujours devancé par quelque autre. Jésus lui dit: « Lève-toi, prends ton grabat et marche ». L’homme est immédiatement guéri. Les juifs protestent, parce que cette guérison a été opérée le jour du sabbat. Jésus retrouve l’homme dans le Temple et lui dit: « Ne pèche plus : il t’arriverait pire encore ».

La signification immédiate de cet évangile est la puissance souveraine de Jésus sur la maladie.

Secondairement l’évangile fait allusion au lien entre la mal physique et le péché: Il n’est pas dit clairement que cet homme a été infirme parce qu’il a péché, mais Jésus déclare qu’il a péché et que, s’il pèche encore, une conséquence encore plus terrible se produira.

Comme nous devrions être reconnaissants de ce que Dieu, dans Sa miséricorde, ne laisse pas toujours nos péchés répétés avoir des répercussions douloureuses sur notre corps !

Enfin l’évangile d’aujourd’hui suggère un certain rapport entre deux ordres de choses. D’une part, il y a cette descente périodique et attendue de l’ange dans la piscine, ce mouvement des eaux, cette possibilité de guérison à celui qui descend le premier. D’autre part, il y a la guérison immédiate d’un homme, opérée par Jésus lui-même, sans descente dans l’eau.

Nous pourrons dire que le premier type de guérison correspond à l’élément « institutionnel » dans l’Église, aux divers canaux de grâce (sacrements, rites, sacerdoce, discipline, etc…) que la communauté chrétienne met à la disposition de tous ses membres et qu’il serait aussi dangereux qu’impie de nier ou de sous-estimer. Le deuxième type de guérison correspond au contact direct, sans intermédiaire, de l’âme avec son Sauveur : il serait également dangereux et impie de nier ou de sous-estimer la possibilité de ce contact. Si saintes et si utiles que soient les institutions ecclésiastiques, aucune institution n’est, à strictement parler, indispensable, puisque le Seigneur peut, lorsqu’il le juge bon, agir sur les hommes en se passant d’elles.

Les réalités spirituelles ne sont pas limitées à leurs signes extérieurs. La réalité importe infiniment plus que le signe.

D’après : L’An de Grâce du Seigneur tome 2, Éditions An-Nour Page 91-94 par un Moine de L’Église D’Orient