Dimanche de l’Aveugle-Né

Cinquième dimanche après Pâques

Avant-propos sur le Dimanche de l’Aveugle-Né

Dimanche dernier, nous chantions à la liturgie, l’antienne de communion suivante : « Réjouis-toi et sois dans l’allégresse, porte de la divine lumière [c’est-à-dire la Vierge Marie], car Jésus après avoir disparu dans le tombeau, s’est levé encore plus lumineux que le soleil, illuminant par cela tous les croyants ».

Il y a là un retour au thème théologique et liturgique de la lumière, qui, nous l’avons déjà dit, est si caractéristique de la spiritualité byzantine; il y a là, plus particulièrement, un rappel du lien entre la Résurrection du Christ et l’illumination des consciences: car un fait extérieur, fût-il même la Résurrection de notre Sauveur, n’a de valeur pratique pour les âmes que s’il peut se traduire en elles par une augmentation de cette Lumière intérieure qui doit diriger toute notre vie.

La Lumière du Christ est un thème pascal essentiel. C’est ce thème que développe le cinquième dimanche après Pâques, appelé « Dimanche de l’Aveugle », où la commémoraison de la guérison d’un aveugle introduit l’idée de notre propre cécité et de notre guérison.   

 

Actes des Apôtres (16:16-34)

Nous lisons à la liturgie, une portion du livre des Actes relatant ce qui advint à Paul et à Silas à Philippi. Paul et Silas ont guéri une jeune fille possédée. A l’instigation des maîtres de la jeune fille, qui tiraient un gain des prédictions faites par elle, Paul et Silas sont arrêtés comme perturbateurs de l’ordre publique, flagellés et emprisonnés.

Au milieu de la nuit, un tremblement de terre ébranle les fondations de la prison. Les portes s’ouvrent, les chaînes tombent. Le geôlier, croyant que les prisonniers ont fui, veut se tuer. Paul l’en empêche. Le geôlier se convertit, reçoit le baptême, et admet Paul et Silas à son propre foyer.

Les deux versets centraux de cette portion des Actes nous semblent être ce court dialogue entre le geôlier et ses prisonniers: « Seigneurs, que me faut-il faire pour être sauvé ? – Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et les tiens ».

Paul ne demande pas au geôlier une adhésion intellectuelle à une doctrine qu’il n’expliquera qu’ensuite (« et ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, ainsi qu’à tous ceux qui étaient dans sa maison »). Ce qu’il demande, immédiatement, c’est un acte de foi, non dans la parole, encore ignorée, mais en la personne de Jésus. Le geôlier doit reconnaître que « Jésus est le Seigneur ».

La formule est intellectuellement très vague. Pratiquement, elle est très précise, car elle exige de la volonté un hommage et une soumission sans réserves.

Cet acte de foi est un acte d’obéissance et de confiance par lequel l’être en détresse se jette aux pieds de Jésus- comme le geôlier venait de se jeter, tremblant, aux pieds de Paul et de Silas.

Avant d’expliciter toutes les conséquences intellectuelles de notre foi en Christ, il nous faut d’abord, il nous faut surtout croire en Jésus comme en Celui qui est le Seigneur et qui a sur nous des droits absolus.

La plus scrupuleuse orthodoxie ne saurait nous sauver si nous ne prenons pas cette attitude envers le Christ et si cette attitude ne porte pas ses fruits. Nous ne manquerons pas de rapprocher l’acte de foi proposé par Paul au geôlier de celui que Jésus lui-même demande, dans l’évangile de ce jour, à l’aveugle qu’il guéri.

 

Évangile : Jean (9: 1-38)

Nous entendons, à la liturgie, le récit évangélique de la guérison de l’aveugle. Jésus rencontre un homme, aveugle, de naissance; ayant fait une mixture de boue et de salive, Jésus envoie l’homme se laver dans la piscine de Siloé. L’homme recouvre la vue et devient l’objet de la curiosité hostile et des questions insidieuses des Pharisiens.

Ceux-ci peuvent bien déclarer que Jésus est pécheur: l’homme proteste qu’un pécheur n’a pas la puissance de rendre la vue à un aveugle. Expulsé par les Pharisiens, l’ancien aveugle est retrouvé par Jésus (ce n’est pas lui qui retrouve Jésus, mais c’est Jésus qui le retrouve, et ce fait est riche de sens).

Jésus lui demande s’il croit au Fils de Dieu. « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en Lui ? ». Jésus répond: « Tu le vois ; c’est Celui qui te parle » (nous nous rappellerons la phrase toute semblable dite par Jésus à la Samaritaine). « Alors il dit: Je crois, Seigneur, et il se prosterna devant lui ».

Cet épisode est une illustration de la phrase du prophète Isaïe: « Alors les yeux des aveugles se dessilleront », et d’une parole de Jésus lui-même : « l’Esprit du Seigneur….m’a envoyé annoncer aux aveugles le retour à la vue ».

Il est certain que la cécité physique, tout en étant l’objet de la sollicitude de Jésus, symbolise ici la cécité spirituelle dont Jésus délivre les hommes. Mais la guérison, dans l’évangile que nous venons de lire, n’est pas séparable de la bonne volonté et de la foi sincère de l’aveugle. Le commentaire le plus autorisé de cet épisode nous est donné par l’Eglise elle-même, qui, dans deux des antiennes de ce dimanche, s’exprime ainsi :

« Christ, notre Dieu, Soleil de Justice qui dépasse tout entendement, toi qui, en le touchant, a ouvert les yeux de l’aveugle-né, ouvre les yeux de nos âmes et fait de nous des enfants de lumière… ».

« Je viens vers toi, ô Christ, les yeux de l’âme aveuglés comme l’aveugle-né et je crie vers toi avec repentir : Tu es la Lumière à la suprême clarté pour tous ceux qui sont dans les ténèbres »

D’après : L’An de Grâce du Seigneur tome 2, Éditions An-Nour Page 102-105 par un Moine de L’Église D’Orient